EN CHAISE ROULANTE AU PAYS DU LOTUS BLEU.


« On ne peut vivre sans enthousiasme ni passion, car seule la passion peut transformer nos rêves en réalités. » Roland Garros.

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Je dois le signaler d’entrée de jeu, la faute première incombe à Saint Nicolas ! Mais sur-le-champ je vous brosse le pourquoi du comment... Du haut de mes huit ou neuf ans, assis en tailleur sur mon lit qui s’est transformé aussitôt en un prestigieux tapis volant, j’accompagne pas à pas et de page en page les nouvelles aventures de Tintin décrites dans le « Lotus Bleu » En m’offrant cette bande dessinée, le grand Saint me faisait joyeusement tombé dans la « marmite-facination » de ce curieux pays aux mœurs et aux coutumes aussi mystérieuses qu’incompréhensibles... Plus tard, en pensée, je serre de près Tintin et le capitaine Haddock dans les contreforts neigeux de l’Himalaya. Un moine étonnant, en lévitation, « voit le jeune Tchang étendu sur des branches de genévrier... » Mais dans la réalité du moment, des bannières de prières claquent tristement dans un vent habité d’un souffle de juste révolte... Le Seigneur du Lotus blanc, le Dalaï-Lama a été chassé manu militari du Toit du Monde... Et dans ce vent de juste colère, des pétales de lotus ressemblent soudainement à des larmes de sang! Le Tibet est en deuil.

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Le 21 juillet 1969 un Tintin made in U.S.A. fait un pas de géant sur le sol lunaire . Tous les Milou belges aboient de fierté ; Hergé ne l’avait-il pas crayonné dans les moindres détails ?... J’ai vingt ans l’année suivante. D’un banal accident de voiture je passe de « L’Homme Debout » à la station de « L’Homme Couché ». Et tandis que jour après jour j’essaye de revivre dignement, de connaître puis d’accepter mon corps de pantin disloqué (jambes, mains et doigts figés désormais dans un sommeil éternel) la Chine s’éveille à nouveau devant mes yeux enchantés et agacés par le livre ébouriffant d’Alain Peyrefitte. Dès lors, je deviens le Marco Polo des bouquins qui évoquent d’un mot discret ou de dix mille images colorées, le pays des Han et des multiples minorités... Mon lit se transforme maintenant en un palanquin qui me conduit entre les lignes opaques des « Pensées de Mao » en passant par les terribles « camps de rééducation ». De la Chine magique de Hergé je tombe parfois dans une Chine des réels cauchemars .

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Un matin ensoleillé mon amie Isabel m’annonce une grande nouvelle : elle part pour un reportage photos dans le sud-ouest de la Chine, et, plus précisément, à Kunming, capitale économique et politique de l’une des 22 provinces du pays : le Yuannan. Situé au sud-ouest du territoire, il fait frontière avec la Birmanie, le Vietnam et le Laos. De ce vaste plateau, situé à 1894 mètres d’altitude, dont la population atteint deux millions d’habitants répartis en plus de vingt minorités nationales, mon amie compte bien, d’étape en étape, gagner la captivante mais éloignée frontière du Tibet. (Elle devra malheureusement arrêter son périple à Zhongdian à moins de deux cents kilomètres de la frontière tibétaine car l’unique route possible sera enneigée .) De ce lieu du bout du monde - altitude 3.200 mètres - elle m’envoya une carte postale qui enjoliva durablement mes rêves éveillés de voyages à réaliser ... L’oblitération octogonale sur le timbre chinois portait la date du 9 janvier 1995. Qui aurait pu affirmer, ou prédire, que quelque deux ans plus tard je marcherais à mon tour sur les belles traces encore lisibles qu’Isabel avait eu la délicatesse de laisser derrière elle comme autant de merveilleux et prometteurs cailloux blancs qui ne seront jamais des miroirs aux alouettes . Oui, quel Nostradamus moderne, quelle vestale de foire aurait pu me prédire que j’effectuerais ce voyage, ce périple absolument extraordinaire au pays du « Céleste Empire ? » Evidemment personne ! Excepté toi, mon Frère, qui telle une Etoile irisée et vivante dans l’immensité palpitante de l’Univers, veille sur moi aussi assurément que l’ombre magique d’une fleur est inséparable de sa Lumière nourricière . Aussi, je te dédie les lignes qui suivent comme je les dédie à mes deux amis Isabel et Thierry qui me permirent de réaliser un rêve que je pensais totalement utopique !...

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« Tout sous un ciel » : telle était l’orgueilleuse appellation que les anciens Han donnaient à leur Empire. Mais de cette Chine cinq fois millénaire à la Chine prolétarienne des gardes rouges puis de la Chine totalitaire qui, en juin 1989, sur la place Tienanmen, étouffait, garrottait, assassinait les espoirs naissants d’une grande partie d’une jeunesse estudiantine qui pensait qu’en dressant une réplique de la statue de la Liberté, ce serait symboliquement suffisant pour faire plier l’échine insupportable du puissant et autoritaire « Big Brother » !, de cette Chine, donc, aux multiples aspects, aux contrastes sans cesse renouvelés, laquelle (ou lesquelles ?) vais-je à mon tour découvrir dans cette vaste province du Yunnan où tant de minorités ethniques durent subir peu ou prou le joug absurde du Pouvoir Central ?

Telle est l’une des questions, parmi des dizaines d’autres, que je me pose en cette matinée du 15 avril 1997. Mais depuis trente minutes déjà l’Airbus A 310 a quitté le sol de la Belgique. L’escale de Francfort pointe le bout du nez. Je détourne mon regard marron du hublot et de ce nuage hiératique en forme de point d’interrogation qui, dans la fragile toile de fond d’un ciel d’un bleu très « Club Med », semble le reflet ouatiné de mes « méditations chinoises » - et, tandis que l’hôtesse vérifie les ceintures de sécurité en vue de l’atterrissage imminent, je jette un coup d’oeilsur les visages sereins de mes deux amis; des mes deux « compagnons et complices » que sont Isabel et Thierry.

D’ailleurs je vous les présente. A mes côtés : Isabel dite Isa - 30 printemps. Photographe et globe-trotter. Lors de mon saut en parachute en chute libre, ce fut dans l’une de ses attentives boîtes à images qu’elle captura mes cabrioles aériennes. Entre nous le mot amitié n’a qu’un seul sens. Qu’une seule définition. Notre amitié est celle du cour. C'est une amitié au sein duquel bat un autre vocable : celui de l’amour. Non pas un amour d’un Roméo pour sa Juliette. Non, il s’agit d’un amour riche et précieux car il n’a pas d’arrière-pensées, car il est tout simplement FRATERNEL ! Et de ce pas je me porte à la ligne suivante .

A la droite d’Isa, il y a Thierry - 32 printemps. Il exerce, entre autres, la profession de reporter-photographe. Depuis l’enfance il côtoie les cheveux noirs et les yeux verts-ocrés d’Isabel. C’est peu dire qu’ils s’apprécient et s’estiment. Tout au long des quinze jours de nos pérégrinations, ils seront tour à tour et souvent en même temps, mes mains, mes bras et mes jambes. Cependant, deux mois avant notre départ de ce jour, Isabel a appris à gérer les différents problèmes inhérents à mon handicap. A présent, elle peut ajouter le joli terme « d’infirmière-autodidacte » sur sa carte de visite . Et si je ne suis pas « L’English patient » du célèbre film, elle, sans nul doute, elle me fait plus d’une fois songer à la belle et courageuse Juliette Binoche.


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